PETIT LEXIQUE

DE L’INQUISITION ET DE LA SORCELLERIE :


Le bûcher


Recherche du Stigmati diaboli

 

Hawthorne Nathaniel (1804-1864)

Écrivain puritain de la Nouvelle Angleterre dont l’ancêtre (John 1641-1717) fut un juge très sévère dans le procès des sorcières de Salem.

Dans un de ses meilleurs contes La fille de Rappaccini il met en scène un sorcier qui maîtrise parfaitement la chimie du corps…

Son roman basé sur la culpabilité La Lettre écarlate a été adapté au cinéma par Viktor Jöstrom en 1926.

 

Inquisiteurs

Des ecclésiastiques tout à fait charmants qui faisaient brûler vif des tas de pauvres gens et particulièrement des femmes accusées de sorcellerie. Par exemple, Nicolas Rémi ou Remigius fit brûler 800 magiciens et sorcières en quinze ans et… en 1600 il confessa qu’il servait lui-même le diable. Tous les inquisiteurs n’étaient pas comme ceux-ci, mais rien ne vous mettait à l’abri de ce genre de personnage…

Le dernier texte d’abolition de l’Inquisition date de 1843.

Dans l’encyclique Tertio millenio adveniente (1994), Jean Paul II a dénoncé à propos de l’Inquisition, “ les péchés commis par certains fils de l’Église et qui en avaient défiguré le visage”. Le mercredi des cendres de l’an 2000 il a prononcé le grand Mea culpa de l’Église.

En dehors des deux cités ci-dessous, voici deux autres inquisiteurs écrivains : Pierre de Lancre (De l’inconstance des mauvais anges ou démons – 1612) ou le célèbre Jean Bodin (De la démonomanie des sorciers – 1580).

 

Inquisitio

C’est l’enquête, l’inquisiteur étant tout simplement un “enquêteur”

Voici comment l’inquisitio se déroulait :

1)      Première phase : sermon public de l’inquisiteur prononcé dans toutes les localités de la région “infestée” par la sorcellerie. Ce sermon est en réalité un appel à la délation. Un “temps de grâce” est accordé pour cela (et aussi pour la méditation). Ceux qui ont écouté le sermon gagnent quarante jours d’indulgence.

2)      Deuxième phase : le magistrat recueille les témoignages et établit une liste de suspects. Le déposant ne doit rien cacher, et est systématiquement mis au cachot ! On se demande d’ailleurs ce qui motivait cette démarche de la part de ces « Témoins”… seule l’habileté du sermon de l’Inquisiteur peut l’expliquer ! L’importance du viso est primordiale : il faut avoir vu quelqu’un (un hérétique, une sorcière) ou quelque chose…

3)      Troisième phase : Les suspects devenus accusés sont jugés et condamnés après divers interrogatoires. On a le droit de torturer (avec accord de l’évêque seulement) un accusé dont “la culpabilité est établie à moitié”. Peine de prison à perpétuité pour les hérétiques parjurés et bûcher pour les autres et les relaps.

En Espagne on pratiquait l’auto de fe (C’est de l’espagnol). A ne pas confondre avec autodafé. Cela signifie jugement de foi. On remarquera d’ailleurs que les “communistes“ dans les célèbres procès de Moscou des années trente et de Prague des années cinquante savaient utiliser les mêmes procédures que l’inquisitio…

 

Institutor de Sélestat Henri (Henri Institutoris)

Ce type peu recommandable, inquisiteur, a fait régner la terreur en Italie, au Tyrol et surtout en Allemagne. Il a publié en 1946 le “Malleus maleficarum”

 

Malleus Maleficarum

Un livre exceptionnel de concentré de bêtise humaine. Ses deux auteurs ont retranscrit tous les aveux des sorcières et sorciers, aveux extorqués sous la torture. Ce livre inouï est en soi une vengeance posthume, une moquerie macabre de la part de ces milliers de femmes brûlées vives au nom du Seigneur… Car, si certaines d’entre elles finissaient par dire aux inquisiteurs ce qu’ils souhaitaient entendre (ce qui d’ailleurs montre à quel point ils avaient de l’imagination), beaucoup d’autres racontaient des choses d’une ironie sans faille ! Ce livre maudit donna le signal d’une chasse aux sorcières sans précédent.

 

Spenger Jacob

A écrit le “Malleus maleficarum” avec Institutoris.

 

Stigmati Diaboli

Le signe du diable sur le corps de la sorcière. On piquait le corps de l’infortunée deci delà jusqu’à ce qu’on trouve un endroit où la piqûre restait complètement indolore. C’éatit une preuve, un stigmate du diable… (Voir belladone ci-dessous…)

 

Dans le chaudron de la sorcière :

 

Les sorcières préparaient diverses mixtures. Les recettes “publiées” étaient si compliquées et demandaient des ingrédients impossibles à trouver ou n’existant pas !

C’était un peu l’humour noir de la sorcière soumise à la “question” et qui semblait savourer de raconter n’importe quoi à l’inquisiteur… Petite vengeance bien pardonnable n’est-ce pas ?

Par contre, elles utilisaient diverses potions à base de végétaux dans lesquels elle ajoutait divers venins de crapauds ou de serpent.

 

Aconit

Plante très vénéneuse. Rien que de la cueillir, elle transmet son poison au travers de la peau. Poison par excellence. Quelques grammes de la racine suffisent. La mort survient après une demi-heure…

 

Belladona

C’est une plante très commune, la belladone.

Pas plus d’un pour cent d’alcaloïdes : hyosciamine et atropine, excitants du système nerveux central. Très peu de scopolamine. Mais ça suffit !

Voici une première explication de son nom :

L’unique médecin du peuple, pendant mille ans fut la Sorcière. Les empereurs, les rois, les papes, les plus riches barons avaient quelques Docteurs de Salerne, des Maures, des Juifs, mais la masse de tout état, et l’on peut dire le monde, ne consultait que la Saga ou Sage-femme. Si elle ne guérissait pas, on l’injuriait, on l’appelait sorcière. Mais généralement, par respect mêlé de crainte, on la nommait Bonne Dame ou Belle Dame du nom du même qu’on donnait aux fées. (Michelet)

Et une deuxième :

Pour faire une personne un peu folâtre et qui pense être la plus belle du monde, il lui faut boire une dragme de (l’extrait de) cette racine. Que si on la veut faire plus folle, il lui faudra bailler deux dragmes. Mais qui voudra la faire demeurer folle toute sa vie, il lui convient bailler à boire trois dragmes de cette racine et non plus ; car si on baillait quatre, on la ferait mourir. (Matthiole en 1548 dans “Commentaires sur Dioscoride”)

Sous forme d’onguent, et appliquée sur la peau elle la rendait insensible. D’où certainement le test de Stigmati diaboli…

 

Ergot de seigle

La peste “maladie de feu” ou “Feu sacré”

Cette maladie était due à l’ergot de seigle, une sclérote, forme de champignon parasite du seigle, mais aussi d’autres céréales (blé…) Il y eut de grandes épidémies de cette “peste” car on n’avait pas déterminé son origine. Sauf peut-être quelques sorcières…

Un complexe d’alcaloïdes présent dans cet espèce de champignon produisait une horreur absolue : le malade commençait à avoir une migraine puis des douleurs atroces dans les membres, suivies de gangrène sèche et de pertes de membres, oui, les doigts, et même les bras et les jambes se desséchaient et tombaient !

Avec de telles horreurs comment ne pas croire en de vrais sortilèges ?

D’autant plus que l’ergot de seigle poussait sur la céréale lors des printemps très humides, ce qui donnait une mauvaise récolte. La maladie se déclenchait sous forme d’épidémie en pleine disette…

Aujourd’hui, l’ergot de seigle est une vraie mine de pharmacopée !

 

Jusquiame

Les voleurs de poule s’en servaient pour endormir les gallinacés… Les tziganes le cultivaient dans ce but.

Elle contient les mêmes alcaloïdes que la belladone mais en plus beaucoup de scopolamine sédative

Jus maudit, plante maléfique, elle provoque des hallucinations, la sensation de voler dans les airs. Du coup, les plus malins tentèrent de la retourner contre la sorcellerie comme l’évêque Albert le Grand qui lui reconnaissait un rôle dans la conjuration des démons par les nécromants.

 

Mandragore

Une plante mythique. Elle pousse un cri quand on l’arrache, du moins c’est ce que prétendent les sorciers pour faire peur et la garder pour eux seuls…

La forme humaine de sa racine la rend fantastique.

Elle contient des alcaloïdes sédatifs et engourdissants comme la jusquiame. Utilisée par le chirurgien, qui alors se rapproche dangereusement de la réputation de sorcier…

Voici une recette (très difficile à mettre en application…) pour transformer cette plante en être mythique. Planter une mandragore au pied d’un gibet. Pour être efficace, au pied d’un gibet ancien qui a vu nombre de pendus afin que tous les jus et graisses des morts imprègnent la terre. Veiller à ce que l’éjaculation du pendu au moment de la pendaison tombe sur votre plantation. Attendre, puis amener un chien muni d’une laisse fabriquée des cheveux d’une vierge. Attacher l’autre extrémité de la laisse de cheveux à la mandragore et s’éloigner. Appeler le chien. Il accourt, déracine la mandragore et la foudre tombe sur lui. Ramasser la mandragore et vous l’avez vivante et  vous ferez fortune.[i]

 

Compositions chimiques des solonacées[ii] :

 

Elles contiennent des alcaloïdes-esters comme l’hyosciamine et l’atropine. Et la scopolamine.

Tout cela a les effets suivants : dilatation des pupilles, accélération du cœur, vasoconstriction, dilatation bronchique…

L’hyosciamine et l’atropine sont excitantes. Elles provoquent un délire furieux et crise enragée.

La scopolamine est au contraire dépressive et hallucinogène.

Enfin n’oublions pas, dans les solonacées, dans les groupes non mydriatiques : le tabac et sa nicotine.

 



[i] Recette tirée du livre « Le pantacle de l’ange déchu » de Charles Gustav Burg - Nouvelles Editions Oswald.1982

[ii] Des solonacées : douce-amère (grimpante, fleurs en panicules violet clair et anthères jaunes en colonne très saillante ; baie vénéneuse jaune puis rouge) – morelle noire (fleur blanche anthères jaunes en colonne très saillante – baie noire vénéneuse ; famille de la tomate !) – nicotiane rustique, petit tabac (comme son nom l’indique…) -  puis nos belladone et jusquiame…